L’entreprise ukrainienne Stetman prépare une constellation de 360 satellites en orbite basse, avec un début de service annoncé pour 2027 et des lancements confiés à SpaceX. Le projet, chiffré à plus d’1 milliard d’euros, vise à renforcer l’indépendance des communications du pays. Un satellite de test est programmé pour octobre 2026 afin de valider la technologie.
Dans un contexte de guerre et de dépendance accrue aux réseaux résilients, Kiev veut disposer d’une capacité nationale, pensée comme un équivalent local de Starlink, mais portée par une société ukrainienne et des partenaires industriels européens et américains.
Stetman vise 360 satellites à 550 km dès 2027
Le schéma technique présenté par Stetman repose sur une constellation en orbite basse (LEO) à environ 550 kilomètres d’altitude. Ce niveau orbital, devenu un standard pour les réseaux internet spatiaux modernes, permet de réduire la latence par rapport aux satellites géostationnaires, tout en offrant une couverture mondiale si le nombre d’unités est suffisant. Pour l’Ukraine, l’objectif affiché est d’obtenir un réseau robuste, capable de maintenir des communications même sous pression, avec une logique de redondance propre aux constellations.
Le calendrier communiqué est structuré en plusieurs jalons. Un premier satellite de démonstration doit être mis en orbite en octobre 2026. Il servira à tester l’architecture, la charge utile, les liaisons sol-espace et la compatibilité opérationnelle avec les plans de lancement. La société précise que cette phase doit être conduite avec l’appui d’ingénieurs de SpaceX, ce qui suggère un travail d’intégration et de validation pour préparer des déploiements en grappes, typiques des missions de constellations.
Le déploiement complet débuterait en 2027 et s’étalerait sur trois ans. Dans la pratique, ce type de calendrier implique des vagues successives de lancements, des mises à jour logicielles régulières, puis une montée en charge du segment sol, stations passerelles, réseaux de contrôle, terminaux utilisateurs. À ce stade, Stetman ne détaille pas le modèle commercial, mais l’enjeu national est central, disposer d’un réseau utilisable par les services publics, les infrastructures critiques et, potentiellement, des clients civils.
Un point retient l’attention dans les évaluations relayées, un ancien conseiller de l’Agence spatiale d’État ukrainienne, Andrii Kolesnyk, estime que l’Ukraine aurait besoin d’environ 150 satellites pour couvrir ses besoins propres. Cette estimation laisse entendre que la constellation de 360 satellites viserait aussi des usages au-delà du territoire ukrainien, par extension régionale ou par capacité de service à des partenaires, ce qui pèserait sur les besoins de financement et sur la stratégie de marché.
SpaceX retenu pour des lancements Falcon 9, sans accord global annoncé
Pour la mise en orbite, SpaceX a été choisi comme prestataire de lancement. Le fondateur de Stetman, Dmytro Stetsenko, avait justifié ce choix par deux arguments dominants, le coût et la fiabilité par rapport aux concurrents. Dans l’industrie, Falcon 9 s’est imposée pour les constellations grâce à une cadence élevée, une capacité d’emport importante et une chaîne logistique qui réduit les aléas de planning, un critère clé quand il faut placer plusieurs centaines de satellites.
Les chiffres généralement avancés pour un lancement Falcon 9 se situent entre 60 et 70 millions de dollars, selon la masse du chargement et la configuration de mission. Un tir peut emporter plusieurs dizaines de satellites, ce qui permet d’optimiser le coût par unité. Pour Stetman, cet aspect est déterminant, la viabilité économique d’une constellation dépend autant du coût de fabrication que du coût d’accès à l’orbite, surtout pendant la phase de déploiement où les dépenses précèdent les revenus.
À ce stade, la communication de l’entreprise indique qu’aucun accord formel n’a été annoncé pour la livraison et le lancement de l’ensemble des satellites au-delà du premier satellite de test. Ce point est important, car il signifie que la relation avec SpaceX pourrait être structurée par étapes, au gré du financement et des validations techniques. Dans les constellations, il est courant de lier les lots suivants à des critères de performance du démonstrateur, à des revues de conception, ou à des engagements financiers sécurisés.
Le choix de SpaceX pose aussi une question politique et de souveraineté technologique. L’Ukraine cherche une indépendance de communication, mais s’appuie sur un acteur américain pour le lancement. Ce compromis est fréquent, les pays qui n’ont pas de lanceur national recourent à des prestataires étrangers, tout en conservant la maîtrise du segment spatial, du segment sol et des terminaux. La solidité de ce modèle dépendra des clauses contractuelles, de la continuité d’accès aux lancements et de la capacité de Stetman à diversifier ses options si des contraintes industrielles ou diplomatiques apparaissent.
| Élément | Chiffres annoncés / estimations | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Nombre de satellites | 360 au total | Couverture étendue, besoin de déploiements par lots |
| Altitude | 550 km (LEO) | Latence réduite, renouvellement orbital à gérer |
| Test en orbite | Octobre 2026 | Validation avant industrialisation du déploiement |
| Déploiement | 2027 à 2029-2030 | Investissements lourds avant montée en revenus |
| Coût par satellite | 2 à 3 M$ (fabrication + lancement, estimé) | Budget total fortement sensible au volume |
| Coût Falcon 9 | 60 à 70 M$ par lancement (estimation) | Optimisation via lancements multi-satellites |
GomSpace fabriquera les satellites, une usine en Ukraine annoncée
Sur la partie industrielle, Stetman s’appuie sur un partenaire danois, GomSpace, chargé de la fabrication des satellites. GomSpace est connue sur le marché des petits satellites, notamment dans les formats compacts et modulaires, adaptés aux constellations. Pour Stetman, ce partenariat réduit le risque industriel, car il s’appuie sur une chaîne de production déjà éprouvée, tout en laissant la place à une localisation progressive d’une partie des capacités.
La société indique vouloir ouvrir une installation conjointe de fabrication en Ukraine avec GomSpace, potentiellement dès l’an prochain si le financement arrive au rythme prévu. Une telle usine change la nature du projet, elle ne sert pas uniquement à produire des unités, elle structure un écosystème, emplois qualifiés, sous-traitance électronique, bancs de test, compétences en intégration spatiale. Dans le contexte ukrainien, cela peut aussi être présenté comme un investissement de résilience industrielle et de reconstruction.
Le coût d’une usine est évoqué à plusieurs centaines de millions d’euros selon les informations rapportées, sans détail sur les financeurs. Cette absence de transparence sur les sources, capitaux privés, prêts, subventions, partenariats publics, est un point de vigilance. Les projets de constellations échouent souvent sur la capacité à financer la durée, car les dépenses sont continues, fabrication, tests, lancements, assurance, opérations, renouvellement des satellites en fin de vie.
Dans la continuité du partenariat, la nouvelle directrice générale, Kateryna Diachenko, aurait rencontré des représentants de GomSpace pour confirmer le maintien des plans de production. Ce type de rencontre est un signal adressé au marché, aux investisseurs et aux équipes internes, la gouvernance reste stable et les engagements industriels tiennent. Les partenaires d’une constellation attendent des garanties, car un retard sur la production se répercute immédiatement sur les créneaux de lancement, puis sur la date d’entrée en service.
La question de la localisation en Ukraine pose aussi des enjeux de sécurité et d’assurance. Produire des équipements spatiaux dans un pays en guerre implique des mesures renforcées, redondance des sites, sécurisation des composants critiques, continuité énergétique, protection des personnels. Si l’usine ouvre, elle devra intégrer des standards qualité stricts, traçabilité, tests thermiques, vibrations, compatibilité électromagnétique, pour éviter des taux de défaillance qui alourdiraient le coût total de possession.
Un budget au-delà d’un milliard d’euros, et une gouvernance après le décès du fondateur
Stetman évoque un projet dont le coût total dépasserait 1 milliard d’euros, financé en plusieurs étapes. Le périmètre annoncé est large, constellation, développement logiciel, services de lancement, frais d’intermédiation, salaires. Dans une constellation, le logiciel et les opérations pèsent lourd, car il faut gérer la flotte, l’allocation de capacité, la sécurité des communications, les mises à jour, et l’interface avec les terminaux utilisateurs. La facture ne se limite jamais aux satellites.
Les estimations de coûts unitaires relayées situent la fabrication et le lancement d’un satellite entre 2 et 3 millions de dollars par unité. Rapporté à 360 satellites, cela donne une fourchette brute de 720 millions à plus d’1 milliard de dollars pour ces seuls postes, sans compter le segment sol, l’ingénierie, les assurances, l’exploitation et l’usine. Ce simple calcul explique pourquoi Stetman insiste sur un financement par tranches, avec des jalons techniques et industriels.
Le projet a aussi traversé un choc de gouvernance, le décès du fondateur, Dmytro Stetsenko. L’entreprise affirme que la feuille de route reste inchangée après la nomination d’une nouvelle dirigeante, Kateryna Diachenko. Dans ce type de programme, la continuité managériale est centrale, car les partenaires, fabricants, lanceurs, assureurs, exigent des interlocuteurs stables et des décisions rapides. Le moindre flottement peut provoquer un effet domino sur les plannings.
Stetman n’est pas un acteur sorti de nulle part, la société fournit déjà des équipements de communication à l’armée ukrainienne, aux services d’urgence, à la police et à des personnels médicaux. Cette présence sur le terrain peut constituer un avantage, car elle donne une connaissance des besoins réels, couverture en zones dégradées, robustesse des terminaux, priorisation du trafic, cybersécurité. Un opérateur satellitaire qui maîtrise aussi la chaîne terminale peut mieux adapter son service aux contraintes opérationnelles.
Reste la question des arbitrages entre souveraineté et dépendances. Une constellation nationale s’appuie ici sur un industriel danois pour la fabrication et un prestataire américain pour le lancement. L’indépendance recherchée se situe donc surtout dans la propriété du réseau, la capacité à opérer la flotte, à chiffrer les communications et à contrôler les usages. Si le projet tient ses jalons 2026-2027, l’Ukraine disposera d’un levier stratégique supplémentaire, mais l’équation financière et industrielle restera déterminante pendant les trois années de déploiement.
Crédit image : Clemente Rivetti / wikimedia (CC BY-SA 4.0)
