La start-up britannique Rheya Labs développe des batteries de secours destinées aux stations de pompage d’eaux usées, couplées à un logiciel qui promet d’anticiper des déversements. Le projet fait partie des 20 finalistes du Water Discovery Challenge d’Ofwat, avec jusqu’à 100 000 de financement d’amorçage par équipe.
Dans un pays où les rejets d’eaux usées suscitent une forte pression publique, l’entreprise mise sur un angle moins visible que la pluie ou la vétusté, la continuité électrique des pompes, et sur l’analyse de données pour réduire les incidents.
Ofwat retient Rheya parmi 20 finalistes du Water Discovery Challenge
Le projet de Rheya Labs a été sélectionné parmi 20 finalistes dans le cadre du Water Discovery Challenge, un programme du régulateur britannique Ofwat intégré au Water Innovation Fund. L’enveloppe totale annoncée atteint 7,5 millions de livres, réparties sur environ 20 mois, avec une dotation d’amorçage pouvant aller jusqu’à 100 000 par finaliste. L’objectif est d’accélérer des solutions prêtes à être testées sur le terrain, dans un secteur soumis à des obligations environnementales croissantes et à une surveillance médiatique continue.
Dans ce dispositif, la sélection ne vaut pas validation industrielle. Elle signale plutôt que l’idée répond à une problématique jugée prioritaire, la réduction des déversements d’eaux usées, et qu’elle présente un potentiel de déploiement. Le financement sert généralement à produire des prototypes, instrumenter des sites pilotes, sécuriser des données d’exploitation, ou mener des essais en conditions réelles avec un opérateur. Pour une jeune entreprise, l’accès à des partenaires de réseau, à des stations de pompage et à leurs historiques de fonctionnement constitue souvent la ressource la plus rare.
Le régulateur insiste sur l’enjeu d’impact concret. Jo Jolly, directrice de l’innovation chez Ofwat, souligne que la multiplication des idées ne suffit pas si elles ne se traduisent pas rapidement en résultats mesurables sur le terrain, notamment dans un contexte de climat plus instable et de contraintes sur les infrastructures. Cette exigence implique des indicateurs simples, heures de pompage maintenues lors d’une coupure, nombre d’incidents évités, réduction des volumes rejetés, et un protocole d’évaluation partagé avec l’exploitant.
Pour Rheya, cette étape place la société dans une compétition de crédibilité. Les solutions de sauvegarde électrique existent déjà, batteries, groupes électrogènes, redondances, mais leur intégration dans le quotidien d’un site, leur maintenance et leur pilotage restent des points de friction. Le programme d’Ofwat peut servir de tremplin pour documenter des performances, formaliser une chaîne de maintenance et convaincre des opérateurs d’étendre un pilote à plusieurs stations.
Le calendrier des 20 mois de financement constitue aussi une contrainte. Les stations de pompage ne tombent pas en panne à dates fixes, et les épisodes météo extrêmes ne se commandent pas. Les équipes doivent donc souvent combiner tests contrôlés, simulations et retours d’incidents réels, sans surinterpréter les premières observations. C’est dans cet intervalle que Rheya devra démontrer la valeur de ses deux briques, batterie de secours et logiciel prédictif, au-delà d’une promesse technologique.
Les pannes électriques figurent parmi les déclencheurs de déversements d’eaux usées
Les déversements d’eaux usées sont fréquemment attribués à des réseaux saturés, à des pluies intenses et à des infrastructures vieillissantes. Mais un autre facteur, plus discret, apparaît régulièrement dans les analyses d’incidents, la perte d’alimentation électrique des équipements critiques, en particulier dans les stations de pompage. Lorsqu’une pompe s’arrête, l’eau continue d’arriver, le niveau monte, et la logique de sécurité peut conduire à un débordement ou à un rejet par trop-plein afin d’éviter des dommages matériels, ce qui se traduit par une pollution dans les cours d’eau ou dans l’espace public.
Le contexte anglais illustre l’ampleur du sujet. Les chiffres rapportés pour 2025 évoquent environ 290 000 déversements depuis des déversoirs d’orage, pour une durée cumulée proche de 1,9 million d’heures. Ces données ne se limitent pas aux pannes électriques, mais elles situent un ordre de grandeur de l’activité anormale sur le réseau, et la sensibilité politique du sujet. Dès lors, tout maillon qui réduit la probabilité de rejets pendant une coupure devient une cible d’investissement.
Une panne peut transformer une coupure banale en incident environnemental. Les stations de pompage sont souvent réparties, parfois isolées, et certaines disposent d’une redondance limitée. Dans ces conditions, la continuité électrique n’est pas seulement un confort opérationnel, c’est un outil de conformité. Les exploitants disposent classiquement de solutions de secours, mais celles-ci peuvent être absentes, sous-dimensionnées, mal maintenues, ou inadaptées à des microcoupures répétées. Les redémarrages intempestifs fatiguent les équipements, et une batterie générique peut ne pas être calibrée pour la charge, la durée, et les cycles d’une pompe.
Le point clé avancé par Rheya Labs porte sur la rapidité de bascule. Une alimentation de secours utile doit prendre le relais en une fraction de seconde pour éviter l’arrêt. Dans la pratique, un groupe électrogène nécessite un démarrage, des contrôles, du carburant, et une maintenance régulière. Une batterie, si elle est dimensionnée correctement, peut assurer une continuité immédiate, ce qui change le scénario, la pompe continue, le niveau ne monte pas, et l’incident n’est pas déclenché.
Pour les collectivités et les opérateurs, la question est économique autant qu’environnementale. Le coût d’un déversement dépasse la seule dépollution, il inclut des interventions d’urgence, des plaintes, des sanctions potentielles, et une dégradation d’image. Une solution centrée sur la résilience électrique vise donc un bénéfice double, éviter un rejet, et réduire l’instabilité opérationnelle d’actifs déjà soumis à de fortes contraintes.
Rheya associe batterie instantanée et logiciel de prédiction des défauts
Le système décrit par Rheya Labs repose sur deux éléments complémentaires. D’un côté, une batterie de secours conçue pour prendre le relais immédiatement lors d’une coupure et maintenir les pompes en fonctionnement. De l’autre, un logiciel qui exploite les données d’exploitation pour repérer des signaux faibles et tenter d’anticiper les causes probables d’un futur déversement. L’entreprise présente cette combinaison comme une réponse à deux temporalités, l’urgence, éviter l’arrêt au moment de la panne, et la prévention, réduire le risque avant qu’un incident ne se produise.
Sur la partie alimentation, l’intérêt d’une bascule instantanée est clair, limiter les secondes ou minutes d’arrêt qui suffisent à déclencher un débordement selon la configuration hydraulique. La difficulté se situe dans l’ingénierie de terrain, dimensionnement énergétique, compatibilité avec l’électronique de puissance, contraintes de sécurité, environnement humide, et maintenance. Une batterie déployée dans une station de pompage doit aussi composer avec des cycles irréguliers, des pics de charge au démarrage, et des exigences de disponibilité élevées.
La seconde brique est plus ambitieuse. Rheya évoque l’usage de machine learning appliqué aux données des pompes afin d’identifier des anomalies, dérives de consommation, vibrations, cycles inhabituels, arrêts courts répétés, ou écarts entre débit attendu et débit mesuré. L’objectif annoncé consiste à signaler des défauts en amont, par exemple une pompe qui fatigue, un clapet qui se bloque, un capteur qui dérive, ou un risque de surcharge lors d’un épisode pluvieux. Dans la logique industrielle, ce type d’outil vise à transformer une maintenance réactive en maintenance conditionnelle.
Le cofondateur Ben Taylor présente la pollution par eaux usées comme une crise en expansion au Royaume-Uni, et insiste sur un point moins visible, la résilience des stations de pompage lors des coupures. Cette approche met en avant une cause cachée des rejets, non pas unique, mais contributive. Dans un réseau où les incidents sont multifactoriels, isoler le rôle de l’électricité peut permettre d’agir sur un levier plus contrôlable que la météo.
Le point de débat porte sur la preuve. Les systèmes prédictifs en environnement industriel sont connus pour leurs promesses et leurs limites, qualité des données, capteurs hétérogènes, contextes locaux, et risque de faux positifs. Les informations disponibles évoquent des essais contrôlés et des déploiements pilotes précoces. Aucune validation indépendante de grande ampleur n’est citée publiquement pour la capacité de Rheya à prédire des déversements. L’enjeu pour l’entreprise sera donc de documenter des résultats reproductibles, sur plusieurs sites, avec des indicateurs partagés et auditables.
Comparaisons avec Sydney Water et Viridi, coûts, durées et niveau de preuve
Le positionnement de Rheya Labs s’inscrit dans un paysage international où les opérateurs testent déjà des solutions de secours électrique pour les stations de pompage. En Australie, Sydney Water a par exemple expérimenté des packs de batteries sodium-ion sur le site de Bondi, présentés comme une alternative moins coûteuse que le lithium-ion. Le projet mentionne une batterie d’environ 30 kWh associée à une production solaire en toiture, avec un financement public annoncé de 10,6 millions de dollars. Dans cette configuration, la batterie s’intègre à une stratégie énergie plus large, où le solaire contribue à la recharge et à la réduction des coûts d’exploitation.
Aux États-Unis, la société Viridi a déployé un système lithium-ion d’environ 150 kWh pour remplacer des groupes électrogènes diesel, avec une autonomie évoquée entre 32 et 90 heures selon les conditions. Ce type de référence sert souvent d’argument contre le diesel, bruit, maintenance, émissions, logistique du carburant, et risques associés. Les batteries stationnaires deviennent alors une brique d’infrastructure, pas uniquement un équipement de secours ponctuel.
La promesse différenciante de Rheya tient moins à la chimie de batterie qu’à l’association avec l’analytique prédictive. Les projets cités à Sydney et New York mettent l’accent sur l’énergie, capacité, autonomie, coût, intégration solaire, substitution du diesel. Rheya met l’accent sur la continuité instantanée et sur la capacité à identifier en amont des causes de déversement. Sur le papier, cela peut réduire non seulement les incidents dus aux coupures, mais aussi ceux liés à des pannes progressives ou à des défauts d’équipement.
Pour comparer des approches, il faut des critères homogènes. La capacité en kWh ne suffit pas, une station peut nécessiter une puissance élevée sur une durée courte, une autre une puissance modérée sur plusieurs heures. Le temps de bascule, la disponibilité annuelle, le coût de maintenance, la durée de vie, et la cybersécurité des systèmes connectés sont aussi déterminants. Le logiciel ajoute un sujet supplémentaire, l’accès aux données opérationnelles, la gouvernance, et la responsabilité en cas d’alerte non suivie ou d’alerte erronée.
Le niveau de preuve reste le point le plus sensible. Les projets internationaux cités disposent souvent de paramètres publiés, capacité, durée, financement, site. Pour Rheya, les éléments publics évoquent surtout l’intention et les premiers pilotes. L’évaluation indépendante des performances de prédiction n’apparaît pas encore dans des essais publiés. Le programme d’Ofwat peut accélérer cette étape, mais l’évolution reste incertaine tant que des résultats comparables, sur plusieurs sites, n’auront pas été rendus publics.
| Projet | Technologie | Capacité annoncée | Objectif principal | État de validation |
|---|---|---|---|---|
| Rheya Labs (Royaume-Uni) | Batterie + logiciel prédictif | Non précisée publiquement | Continuité instantanée, alerte avant incidents | Pilotes précoces, validation indépendante non publiée |
| Sydney Water (Australie) | Sodium-ion + solaire | 30 kWh | Secours énergétique, coût réduit | Essai sur site (Bondi), projet financé |
| Viridi (États-Unis) | Lithium-ion (remplace diesel) | 150 kWh | Secours longue durée | Déploiement opérationnel communiqué |