Des drones capables de projeter de l’eau et des retardants sont testés en Californie et en Alaska pour éteindre des départs de feux avant qu’ils ne deviennent incontrôlables. Le 15 juillet, CAL FIRE a mené un essai avec cinq drones autonomes déployant 500 à 1 000 gallons de mousse. Ces démonstrations visent une réponse plus rapide, dans un pays où la saison des incendies tend à s’étirer sur une grande partie de l’année.
Face à des feux plus fréquents et plus longs, les services d’incendie évaluent un nouvel outil, plus léger que les avions habités, mais potentiellement disponible plus vite, au plus près des zones à risque.
Des essais en Californie et en Alaska durant l’été 2026
Des démonstrations ont eu lieu cet été sur deux terrains très différents, la Californie et l’Alaska, avec un même objectif opérationnel: intervenir dans les toutes premières minutes d’un départ de feu. Les drones concernés sont conçus pour pulvériser de l’eau ou des produits retardants, et pour s’entraîner à des manuvres de précision au-dessus de zones de combustion contrôlées. Les expérimentations s’inscrivent dans un contexte où les autorités constatent une extension de la période de risque, liée à des conditions plus sèches, des vagues de chaleur plus longues et des épisodes venteux qui accélèrent la propagation.
Dans les faits, la logique n’est pas de remplacer les avions bombardiers d’eau, mais de compléter la chaîne de réponse, à un stade où un feu reste encore contenu. Une équipe au sol peut gagner un temps précieux si un engin aérien sans pilote arrive avant les moyens lourds, ou si l’accès routier est ralenti par le relief, la fumée ou l’éloignement. Les zones périurbaines, où la végétation touche les habitations, figurent parmi les cibles de ces scénarios, car un feu naissant peut menacer des quartiers en quelques dizaines de minutes.
Les exercices servent aussi à qualifier des paramètres très concrets: stabilité en vol dans des turbulences, précision de largage, maintien d’une trajectoire malgré la chaleur, et coordination avec des équipes humaines. Les autorités doivent vérifier que les drones peuvent opérer sans créer de risque supplémentaire, en particulier dans un ciel déjà encombré par des hélicoptères, des avions de reconnaissance et des appareils de largage. La question de l’intégration dans l’espace aérien, avec des règles strictes et des zones d’exclusion, pèse autant que la performance technique.
Les acteurs impliqués mettent en avant une promesse: multiplier les points de départ potentiels de la réponse aérienne. Là où un avion doit décoller d’une base parfois éloignée, un drone peut être prépositionné dans une caserne, un dépôt logistique ou une zone d’interface forêt-habitat, puis être mis en l’air rapidement. La valeur opérationnelle dépend, en résultat, de l’organisation, des autorisations et de la disponibilité des équipages de supervision à distance.
Cette approche est testée dans un pays où les incendies deviennent un sujet de protection civile quasi permanent. Les services cherchent donc des moyens modulaires, capables de s’insérer dans une stratégie globale, sans promettre une solution unique. Les démonstrations en Alaska, avec des contraintes de distance et de météo, complètent celles de Californie, plus marquées par l’urbanisation et la pression sur les infrastructures.
CAL FIRE coordonne cinq drones autonomes le 15 juillet
L’essai le plus documenté à ce stade a été mené par le California Department of Forestry and Fire Protection, connu sous le nom de CAL FIRE. Selon la chaîne locale KPMH, l’agence a organisé un test de terrain le 15 juillet avec cinq drones autonomes opérant de manière coordonnée. Le groupe a déployé entre 500 et 1 000 gallons de mousse, un volume présenté comme une démonstration de capacité de suppression sur un foyer naissant. L’intérêt, pour une agence publique, est de vérifier non seulement la faisabilité, mais aussi la répétabilité des procédures.
Le scénario met en avant une caractéristique clé: le travail en essaim, c’est-à-dire plusieurs plateformes qui se relaient ou se répartissent une zone. Dans une opération réelle, cela pourrait permettre de maintenir un flux de produit sur un point chaud, pendant que d’autres drones sécurisent la périphérie, ou traitent des départs secondaires provoqués par des projections de braises. La mousse, utilisée dans certains contextes, vise à étouffer la combustion et à réduire la réinflammation, notamment sur des combustibles fins.
Au-delà des chiffres, l’exercice soulève des exigences de commandement. Même si les appareils sont dits autonomes, une chaîne de supervision reste nécessaire: validation des zones de largage, coordination radio avec le commandement incendie, et gestion de la sécurité aérienne. Les services doivent aussi s’assurer que les drones ne perturbent pas les tactiques au sol, par exemple en créant un risque de chute d’appareil, ou en obligeant des avions habités à se détourner.
Le test a été organisé avec l’appui de l’association FireWERX et de l’entreprise californienne Seneca, citée comme fabricant mettant au point une commercialisation à partir de 2026. Pour une agence comme CAL FIRE, le partenariat public-privé permet d’accélérer l’évaluation de solutions, tout en posant la question des standards d’achat, de maintenance et de responsabilité. En cas d’incident, la répartition des responsabilités entre opérateur, fabricant et autorité de mission doit être clarifiée.
Ce type d’essai sert aussi à établir des métriques: temps entre alerte et décollage, précision du largage, efficacité sur la réduction des flammes, et capacité à opérer dans une fumée dense. Les résultats opérationnels, s’ils sont confirmés, peuvent orienter les décisions budgétaires, mais aussi les formations, car un outil nouveau exige des procédures nouvelles. Les agences cherchent des gains mesurables, pas seulement une vitrine technologique.
Pourquoi les drones ne remplacent pas les gros bombardiers d’eau
Les promoteurs du concept reconnaissent une limite structurante: la plupart des drones sont plus petits que les aéronefs habités et disposent d’une autonomie et d’un rayon d’action plus réduits. Ils ne peuvent donc pas se substituer aux gros avions-citernes lorsqu’il s’agit de transporter des charges massives d’eau ou de retardant sur des feux éloignés. Un incendie déjà développé exige souvent des rotations lourdes, sur des distances importantes, avec une capacité d’emport que les drones actuels n’atteignent pas.
Cette contrainte oriente leur rôle vers l’attaque initiale, au moment où quelques centaines de gallons, bien placés, peuvent faire la différence. Dans un feu naissant, la priorité est de casser l’intensité, d’empêcher l’extension sur les flancs et de donner aux équipes au sol le temps de se positionner. Un drone peut aussi intervenir sur des zones difficiles d’accès, comme des ravins ou des pentes instables, où l’engagement humain comporte un risque élevé.
La question de la portée s’ajoute à celle du ravitaillement. Un bombardier d’eau peut se réalimenter sur des points d’eau et repartir rapidement. Pour un drone, la logistique dépend de la station de remplissage, des batteries ou du carburant, et de la capacité à opérer en continu. Dans une perspective de déploiement, les services devront décider s’ils investissent dans des flottes nombreuses, capables de se relayer, ou dans des modèles plus gros, plus coûteux, mais plus endurants.
Les contraintes réglementaires pèsent aussi. Voler au-dessus d’un incendie implique un espace aérien temporairement contrôlé, des risques de collision, et une visibilité parfois très dégradée. Les drones doivent démontrer des capacités de détection et d’évitement, et des garanties de sécurité en cas de perte de liaison. Les autorités aériennes, aux États-Unis, encadrent strictement le vol hors vue, ce qui peut limiter l’usage sans dérogations ou sans infrastructure de contrôle adaptée.
Le bénéfice potentiel se situe donc dans la complémentarité: reconnaissance, cartographie thermique, largage ciblé sur des points chauds, et appui à des opérations nocturnes si les règles et la sécurité le permettent. Les drones peuvent aussi réduire l’exposition des pilotes à des conditions dangereuses. Mais l’équation reste une combinaison de technique, de doctrine d’emploi et de coût, avec une adoption progressive selon les territoires et les budgets.
Compétition XPRIZE: 11 millions de dollars pour accélérer l’innovation
La montée en puissance des drones de lutte contre les feux s’appuie aussi sur des incitations financières et des programmes d’innovation. Les organisateurs d’une compétition XPRIZE dotée de 11 millions de dollars testent si ces systèmes peuvent aider les agences à réagir plus vite à de petits feux et à les éteindre avant qu’ils ne deviennent destructeurs. Dans ce type de concours, l’objectif est de fixer des critères mesurables, puis de pousser les équipes à démontrer en conditions proches du réel des performances reproductibles.
Ces compétitions fonctionnent comme un accélérateur: elles attirent des industriels, des start-up, des laboratoires, et des partenaires publics, autour de scénarios standardisés. Les résultats peuvent ensuite alimenter des appels d’offres, des certifications ou des recommandations opérationnelles. Pour les services d’incendie, l’intérêt est de disposer de données comparables entre solutions, plutôt que de reposer sur des promesses commerciales.
Le sujet dépasse la seule capacité de largage. Une réponse rapide suppose aussi une détection précoce, une transmission d’alerte fiable, et une coordination avec les équipes au sol. Certains systèmes combinent caméras optiques et thermiques, cartographie en temps réel et calcul de propagation, afin de guider le positionnement des moyens. Dans un contexte de feux plus fréquents, la rapidité de décision devient un facteur déterminant, au même titre que la quantité d’eau.
La perspective commerciale, annoncée à partir de 2026 pour certains modèles, pose la question du passage du prototype au service. Les agences devront évaluer le coût total, maintenance, formation, pièces, assurance, et disponibilité en période de crise. Une flotte de drones exige aussi des opérateurs qualifiés, des procédures de sécurité, et une articulation claire avec les moyens existants, hélicoptères, avions et brigades terrestres.
Enfin, l’extension du risque sur une grande partie de l’année change la logique budgétaire. Les achats et les recrutements ne se concentrent plus sur quelques mois. Les collectivités cherchent des solutions flexibles, capables de monter en puissance lors des pics, puis de servir à d’autres missions, surveillance, cartographie, prévention, hors période d’incendie. C’est dans cette polyvalence, autant que dans la performance brute, que les drones peuvent trouver leur place.