Le 24 juillet, SpaceX a mené le test Starship Flight 13 depuis Starbase au Texas, avec le déploiement de satellites Starlink et un amerrissage particulièrement doux du vaisseau dans l’océan Indien. Le vol a duré un peu plus d’une heure et marque un progrès notable pour la version Starship V3, malgré une anomalie durant la phase de freinage du booster. Selon l’entreprise, le vaisseau était intact et transmettait encore des données après l’amerrissage.
Dans l’industrie spatiale, la réussite ne se mesure pas seulement au décollage. Ce qui compte, ce sont les retours contrôlés, la répétabilité et la capacité à transformer un prototype géant en système de transport réutilisable.
Starship Flight 13 décolle de Starbase à 22h51 GMT
Le tir a eu lieu à 22h51 GMT (6:51 p. m. EDT) depuis Starbase, la base de lancement de SpaceX au sud du Texas. La fusée, présentée comme la plus puissante au monde, a quitté le pas de tir pour une mission d’essai d’un peu plus d’une heure. L’objectif principal restait la validation de séquences clés, du décollage à la séparation des étages, jusqu’aux retours sur l’eau des deux éléments, dans une logique de montée en maturité du programme.
Ce vol était aussi un test à haute valeur symbolique. Il s’agissait du 13e essai intégré du système Starship, un chiffre souvent associé à la malchance dans l’imaginaire collectif, mais sans incidence technique. Sur le terrain, la préparation a été marquée par des tentatives avortées, ce qui souligne la complexité du système et la sensibilité de la chronologie de lancement, notamment sur les moteurs et la météo.
SpaceX avait d’abord visé un lancement le 16 juillet, interrompu à la dernière seconde à cause de problèmes moteurs. Des remplacements de moteurs Raptor sur le premier étage ont été effectués, avant une nouvelle tentative le 23 juillet, finalement reportée en raison des conditions météo. La fenêtre du 24 juillet a permis d’enchaîner les séquences prévues, avec un décollage jugé nominal par les commentateurs de l’entreprise durant les premières minutes.
Sur le plan industriel, chaque essai est une collecte de données. Les tirs interrompus ne sont pas comptés comme des échecs au sens classique, car ils permettent d’éviter un vol dégradé et d’identifier des fragilités. Dans ce cas, la succession d’un abort moteur puis d’un report météo rappelle la réalité opérationnelle, un lanceur lourd doit composer avec des centaines de paramètres, du contrôle des réservoirs cryogéniques à la disponibilité des équipes, sans oublier les contraintes de sécurité en mer.
Le booster Super Heavy revient, mais la poussée de freinage est incomplète
Après la séparation des étages, le Super Heavy a exécuté sa manuvre de retournement et a entamé son retour vers la zone d’amerrissage. L’enjeu est central pour SpaceX, la réutilisation du premier étage conditionne la baisse des coûts et la cadence de vol. Les images de suivi ont montré un retour globalement contrôlé jusqu’à la phase la plus délicate, le freinage final avant contact avec l’eau.
Lors de la combustion d’atterrissage, un point a immédiatement attiré l’attention en direct. D’après le commentaire de Dan Huot, porte-parole de SpaceX, seuls cinq moteurs semblaient allumés alors que 13 étaient attendus pour ralentir suffisamment le booster. La conséquence est mécanique, une décélération moindre implique un impact plus dur. Les flux vidéo du booster ont coupé au moment où il touchait la surface, ce qui suggère un choc supérieur au profil recherché.
Dans un programme de développement, ce type d’écart est analysé à plusieurs niveaux. Il peut s’agir d’un choix de protection automatique, d’une limitation de poussée liée à un capteur, d’une logique de sécurité, ou d’une défaillance d’allumage. Sans publication de données détaillées, il est impossible de trancher. Mais l’écart entre la cible, un splashdown plus doux, et le résultat, un contact plus dur, confirme que la phase de retour reste une zone de risque, même quand la séparation et la trajectoire se déroulent correctement.
Ce point est particulièrement observé car le vol précédent, Flight 12, avait déjà montré une fragilité côté booster. Selon les informations publiques, le premier étage avait rencontré des problèmes moteurs après séparation et n’avait pas réussi son amerrissage prévu dans le golfe du Mexique, terminant par un crash. Flight 13 apparaît donc comme une amélioration partielle, avec un retour effectué mais un freinage non conforme à l’intention initiale.
Le vaisseau Starship amerrit dans l’océan Indien et transmet sa télémétrie
La séquence la plus marquante du vol concerne le second étage, le vaisseau Starship. Après sa mission en orbite et la phase de retour, l’engin a réalisé un amerrissage dans l’océan Indien. Les images de drone ont montré le vaisseau flottant à la surface, basculé sur le dos, dans une position dite belly up. Sur le moment, la scène a été commentée comme un progrès concret, car l’objectif minimal est de survivre à l’entrée et au contact avec l’eau sans dislocation immédiate.
Elon Musk a affirmé sur X que Starship is intact, floating in the ocean and transmitting telemetry. Ce détail est important, la transmission de télémétrie après amerrissage signifie que des sous-systèmes critiques, alimentation, avionique, liaisons radio, ont continué à fonctionner. Dans un programme d’essais, chaque minute de données supplémentaires vaut cher, car elle permet de reconstituer précisément les charges subies, les températures, les vibrations et la performance des surfaces de contrôle.
Le commentaire en direct de Dan Huot a insisté sur le caractère inédit du résultat, parlant du softest splashdown jamais obtenu par Starship dans cette zone. L’intérêt opérationnel est double. D’une part, un contact plus doux réduit les contraintes structurales, donc la probabilité de fissures ou d’entrées d’eau massives. D’autre part, un vaisseau qui reste en un seul morceau offre une opportunité potentielle d’inspection, même si la récupération en pleine mer dépend de la logistique, de la météo et des priorités de SpaceX.
Le fait que le vaisseau ait fini retourné n’est pas surprenant. La stabilité à flot d’une structure aussi haute est délicate, et l’amerrissage n’est pas conçu comme un mode d’atterrissage final, mais comme une étape de test. Dans la feuille de route, l’objectif à terme vise des atterrissages contrôlés, sur zone dédiée, avec capture ou pose sur infrastructure. Dans l’immédiat, la réussite mesurée est la survie au retour et la conservation de l’intégrité suffisante pour continuer à émettre des données.
Version Starship V3: deuxième vol, comparaison avec Flight 12
Flight 13 n’est pas seulement un numéro dans une série, c’est le deuxième vol du design Starship V3, présenté comme une évolution majeure. Sans entrer dans des spécifications non confirmées publiquement, la logique d’une nouvelle version est généralement d’améliorer la robustesse, la capacité d’emport, la facilité de production et la tolérance aux anomalies. Dans ce contexte, l’entreprise cherchait un résultat plus propre que lors de Flight 12, qui avait été marqué par la perte du booster au moment du retour.
Le déroulé de Flight 13 montre un contraste. Le booster a bien effectué son retour jusqu’au contact avec l’eau, mais avec un freinage incomplet. Le vaisseau, lui, a atteint l’objectif de splashdown doux et a continué à transmettre. Dans une lecture programme, cela suggère que la chaîne de retour du vaisseau a progressé plus vite que celle du premier étage sur ce vol précis. Cela ne signifie pas que la difficulté est moindre, mais que les marges ont été meilleures dans cette configuration.
| Élément comparé | Flight 12 (mai) | Flight 13 (24 juillet) |
|---|---|---|
| Version | V3 (premier vol) | V3 (deuxième vol) |
| Booster | Problèmes moteurs, pas d’amerrissage contrôlé | Retour effectué, freinage final avec 5 moteurs au lieu de 13 |
| Vaisseau | Objectifs de retour non détaillés ici | Splashdown très doux dans l’océan Indien, vaisseau flottant |
| Données | Perte plus précoce côté booster | Télémétrie transmise après amerrissage du vaisseau |
Le tableau illustre un point clé, les progrès ne sont pas linéaires et se font par sous-systèmes. Un vol peut valider un domaine et révéler une fragilité dans un autre. Pour SpaceX, l’intérêt est de réduire progressivement la liste des inconnues, de fiabiliser les allumages moteurs en conditions dynamiques, et d’améliorer la précision des profils de retour. La cadence des tests, avec des tentatives rapprochées et des modifications rapides, reste une caractéristique du programme.
À court terme, l’attention se portera sur l’analyse du freinage du booster et sur les données du vaisseau après amerrissage. Si SpaceX peut corréler les mesures de vol aux images, l’entreprise pourra ajuster les séquences d’allumage, les marges de propulsion et les logiques de contrôle. Le résultat le plus tangible de Flight 13 est cette image inhabituelle d’un Starship flottant et communiquant, un signal que le système se rapproche d’un retour plus maîtrisé, étape indispensable avant des récupérations plus ambitieuses.