18%, stocks NAND en baisse 25%, livraisons de smartphones au plus bas depuis 2013, ce que Samsung et Apple doivent affronter

18%, stocks NAND en baisse 25%, livraisons de smartphones au plus bas depuis 2013, ce que Samsung et Apple doivent affronter

Les livraisons mondiales de smartphones ont reculé de 11% au T2 2026, atteignant leur niveau le plus bas depuis 2013, selon Counterpoint Research. En cause, une crise d’approvisionnement sur les composants de mémoire, déjà ressentie sur le marché des PC. Le choc touche la production, les prix et le calendrier de lancement de plusieurs gammes.

Après les ordinateurs, le smartphone encaisse à son tour une contrainte industrielle qui dépasse le simple ralentissement de la demande: quand la mémoire manque, les chaînes s’arrêtent, et toute l’économie du secteur se réorganise.

Counterpoint Research mesure un recul de 11% au T2 2026

Les chiffres cités par Counterpoint Research placent le T2 2026 comme un point bas historique, avec des livraisons mondiales au plus bas depuis 2013. Dans l’industrie, une baisse de 11% sur un an ne se résume pas à un indicateur financier: elle se traduit par des volumes de production revus à la baisse, des objectifs commerciaux corrigés et des arbitrages plus durs sur les modèles à fabriquer en priorité.

Le terme livraisons recouvre un point clé: il s’agit d’unités expédiées vers les canaux de vente, pas uniquement des ventes aux consommateurs. Quand les livraisons chutent, cela peut refléter un mélange de demande plus faible, de stocks déjà élevés, et de contraintes matérielles. Le signal envoyé par un plus bas depuis 2013 suggère que la contraction n’est pas marginale, puisqu’elle efface plus d’une décennie de croissance structurelle portée par la généralisation du smartphone, l’essor de la 4G puis de la 5G, et le renouvellement régulier des appareils.

Le contexte de 2013 est aussi parlant: le marché n’avait pas encore atteint sa maturité actuelle, et de nombreuses zones géographiques étaient en phase d’équipement initial. Retomber à ce niveau, plus de dix ans plus tard, indique une combinaison défavorable entre cycle de remplacement plus long, innovations jugées moins décisives par une partie du public, et perturbations côté production.

Pour les fabricants, une telle baisse reconfigure les priorités. Les modèles à forte marge, souvent les appareils premium, tendent à être mieux protégés car ils absorbent mieux les hausses de coûts. À l’inverse, l’entrée de gamme, plus sensible au prix, devient un terrain où le moindre surcoût de composant peut faire basculer une référence hors marché. La baisse de livraisons peut aussi pousser certains acteurs à réduire le nombre de variantes, à limiter certaines couleurs ou capacités de stockage, ou à retarder des lancements pour éviter de diluer des volumes déjà sous pression.

Les opérateurs et distributeurs ne sont pas épargnés. Moins de livraisons signifie moins de disponibilité en rayon, mais aussi des négociations plus tendues sur les conditions commerciales. Dans les périodes de tension, les marques privilégient les partenaires jugés stratégiques, ce qui peut créer des écarts de disponibilité d’un pays à l’autre et une expérience d’achat plus inégale pour les consommateurs.

La pénurie de mémoire perturbe NAND et DRAM

Le point de départ évoqué est une crise mondiale de mémoire. Dans un smartphone, la mémoire se décline schématiquement en deux familles: la DRAM (mémoire vive, utilisée par le système et les applications) et la NAND (stockage, pour les photos, vidéos, applications et le système). Quand l’une de ces briques manque, ce n’est pas un simple composant interchangeable: la configuration finale du téléphone, son prix et sa disponibilité s’en trouvent directement affectés.

La tension sur la mémoire peut avoir plusieurs effets en cascade. D’abord, les fabricants peuvent être contraints de sécuriser des volumes en signant des contrats à des prix plus élevés, ce qui renchérit le coût de revient. Ensuite, ils peuvent réduire certaines configurations. Un modèle prévu en 256 Go peut être davantage proposé en 128 Go si les puces de plus forte capacité deviennent plus rares ou plus chères, ce qui modifie la proposition de valeur. Enfin, la pénurie peut forcer des arbitrages sur la répartition des composants entre différentes gammes, par exemple réserver les meilleures mémoires aux modèles premium.

Cette crise touche aussi l’organisation industrielle. Les lignes d’assemblage de smartphones sont conçues pour des cadences élevées, avec un flux tendu. Si la mémoire arrive en retard ou en quantité insuffisante, l’assemblage ne peut pas simplement avancer sur une autre étape: il manque une pièce essentielle. Cela entraîne des ralentissements, des arrêts temporaires, ou des changements de planning qui génèrent des coûts supplémentaires.

Le phénomène est d’autant plus sensible que les smartphones modernes sont devenus plus gourmands. Les usages photo et vidéo, notamment en haute définition, poussent à des capacités de stockage plus élevées. Les fonctions d’IA embarquée, la photographie computationnelle, les jeux mobiles et le multitâche augmentent les besoins en DRAM. Une contrainte sur ces composants arrive donc au mauvais moment, car elle heurte une tendance de fond à l’augmentation des capacités.

Pour le consommateur, la pénurie se traduit rarement par une mention explicite en magasin. Les symptômes sont plus concrets: délais de livraison qui s’allongent, promotions moins fréquentes, certaines configurations introuvables, ou hausse de prix à modèle équivalent. Dans les marchés où le prix est déterminant, une hausse même limitée peut déplacer la demande vers des modèles plus anciens, ou vers le marché du reconditionné, qui devient un amortisseur quand le neuf se raréfie ou se renchérit.

Les fabricants ajustent prix, capacités et calendrier de lancement

Quand un composant clé devient rare, la réponse des fabricants combine généralement trois leviers: le prix, les spécifications et le calendrier. Sur le prix, une hausse peut être directe, mais elle passe souvent par des mécanismes plus discrets: suppression d’une configuration d’appel, repositionnement d’un modèle, ou baisse des remises. Dans un marché déjà sous pression, les marques cherchent à préserver leurs marges sans casser la demande, ce qui devient un exercice d’équilibriste.

Sur les spécifications, l’ajustement le plus visible concerne les capacités de stockage et la quantité de mémoire vive. Proposer davantage de versions en 128 Go au lieu de 256 Go, ou limiter certaines options, permet de s’adapter aux disponibilités de NAND. Côté DRAM, des arbitrages peuvent toucher le multitâche ou certaines fonctions avancées, même si les marques évitent de le présenter comme une régression. Dans certains cas, l’optimisation logicielle sert de compensation, mais elle ne remplace pas totalement une contrainte matérielle.

Le calendrier de lancement est le troisième levier. Un lancement de smartphone ne se résume pas à un événement marketing: il suppose une production suffisante pour alimenter les canaux de vente. Si les volumes ne suivent pas, la marque risque un démarrage raté, avec des ruptures qui frustrent les acheteurs et donnent un avantage aux concurrents. Retarder un lancement, ou étaler la disponibilité par régions, devient une option, même si elle est coûteuse en visibilité.

Les relations avec les fournisseurs évoluent aussi. Les constructeurs les plus puissants peuvent sécuriser des allocations de composants à l’avance, au détriment d’acteurs plus petits. Cela renforce la concentration du marché: les grandes marques absorbent mieux les chocs, tandis que les challengers doivent réduire leur catalogue, accepter des coûts plus élevés ou renoncer à certaines régions.

Décision industrielle Objectif Effet visible pour l’acheteur
Hausse de prix ou baisse des remises Compenser le surcoût mémoire Smartphones plus chers, promotions plus rares
Réduction des configurations (128 Go vs 256 Go) Adapter la production à la NAND disponible Moins de choix, stockage limité sur certains modèles
Priorité aux modèles premium Préserver la marge Meilleure disponibilité des haut de gamme
Lancement retardé ou étalé Éviter les ruptures massives Disponibilité tardive selon les pays

Du PC au smartphone, la crise mémoire s’étend à l’électronique grand public

Le fait que la crise ait d’abord touché le marché du PC avant de frapper le smartphone illustre une dynamique de chaîne d’approvisionnement: les secteurs partagent des fournisseurs, des technologies et des capacités de production. Quand une contrainte apparaît, elle se propage selon les priorités industrielles et la structure des contrats. Les fabricants qui achètent de gros volumes peuvent être servis en premier, tandis que d’autres doivent composer avec des délais ou des substitutions.

Cette extension à l’électronique grand public a aussi un effet macroéconomique sur le rythme d’innovation. Les nouvelles générations de smartphones misent souvent sur des améliorations photo, des écrans plus lumineux, des puces plus puissantes et des fonctions d’IA. Or ces avancées s’accompagnent souvent d’un besoin accru en DRAM et en NAND. Si la mémoire devient un goulot d’étranglement, certaines innovations peuvent être réservées aux modèles les plus chers, ce qui creuse l’écart entre haut de gamme et milieu de gamme.

Les opérateurs et les distributeurs doivent aussi ajuster leur stratégie. Moins de volumes signifie des campagnes de subvention ou de reprise plus ciblées. Les offres combinant smartphone et forfait peuvent se concentrer sur un nombre réduit de références disponibles. Cela modifie la visibilité des marques en boutique et peut accélérer la rotation vers des modèles plus anciens, encore en stock, même s’ils ne sont plus au centre de la communication.

Pour les consommateurs, cette période peut renforcer l’intérêt pour des alternatives. Le reconditionné et la réparation gagnent souvent du terrain quand le neuf se renchérit ou se raréfie. Les fabricants eux-mêmes poussent parfois des programmes de reprise pour sécuriser des ventes malgré un marché contraint. Dans les pays où l’inflation pèse déjà sur le budget des ménages, l’allongement du cycle de remplacement, déjà observé ces dernières années, peut s’accentuer.

L’évolution reste incertaine, car elle dépend du retour à la normale côté production de mémoire et de la capacité des acteurs à lisser les chocs. Si les contraintes persistent, le marché pourrait connaître une recomposition plus durable: moins de modèles lancés, une montée du reconditionné, et une concentration accrue autour des marques capables de sécuriser les composants critiques.

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