16 juillet, Flight 13, SpaceX empile Starship V3 à Starbase, la vidéo impressionnante montre ce que la fusée doit affronter

16 juillet, Flight 13, SpaceX empile Starship V3 à Starbase, la vidéo impressionnante montre ce que la fusée doit affronter

SpaceX a empilé sa fusée géante Starship à Starbase pour le Flight 13, avec un décollage visé le 16 juillet dans une fenêtre de 90 minutes ouvrant à 18 h 45 EDT. Le tir doit avoir lieu depuis le pad 2 au Texas, après plusieurs jours de tests au sol et de vérifications finales. Ce vol marque le lancement du deuxième exemplaire de la nouvelle itération Version 3 (V3), présentée comme une étape vers une exploitation opérationnelle.

À Starbase, l’activité s’est accélérée en moins de 24 heures, entre retours au pas de tir, déplacement du vaisseau et empilement nocturne. Le Flight 13 doit surtout valider des évolutions de conception liées à la performance, à la masse et à la gestion des ergols, un point suivi de près par la NASA.

SpaceX empile Booster 40 et Ship 40 au pad 2

Les deux étages ont passé les dernières vérifications dans leurs hangars respectifs à Starbase, selon les informations communiquées par l’entreprise. Le premier étage, Booster 40, a été ramené sur la zone de lancement le 15 juillet, après des essais moteurs jugés concluants. Le second étage, Ship 40, a été sorti du hangar en soirée, puis acheminé vers le pas de tir pour l’opération d’empilement.

SpaceX indique que la fusée a été stacked overnight, c’est-à-dire assemblée durant la nuit, avant d’entrer dans la séquence de préparatifs précédant le compte à rebours. Sur ce type de campagne, l’empilement constitue un jalon visible, mais il ne clôt pas la liste des contrôles, car viennent ensuite les procédures de remplissage, de pressurisation, de validation des systèmes et de coordination de sécurité.

La fenêtre de lancement annoncée est de 90 minutes à partir de 18 h 45 EDT (22 h 45 UTC). Ce format laisse une marge pour absorber des aléas techniques ou météo tout en restant dans un cadre de sécurité strict. Les essais de Starship sont souvent soumis à des ajustements de dernière minute, liés à la complexité du système et aux exigences de disponibilité du site.

Le choix du pad 2 à Starbase reflète l’organisation actuelle du site texan, où SpaceX mène en parallèle des opérations de tests, de préparation de véhicules et d’infrastructures. Les mouvements de Booster 40 et Ship 40, depuis les hangars jusqu’au pas de tir, illustrent une logistique devenue routinière à Starbase, mais qui reste lourde en moyens, en coordination et en contraintes de sécurité.

Derrière l’image spectaculaire de l’empilement, l’enjeu immédiat est la capacité à enchaîner des étapes de préparation sans dégrader le calendrier. Pour SpaceX, chaque campagne est aussi un test de cadence industrielle, car la maturité du programme ne dépend pas uniquement d’un vol réussi, mais d’une répétabilité des procédures, d’une stabilité des systèmes et d’un rythme soutenu de tentatives.

La Version 3 gagne en hauteur et en capacité d’ergols

Le Flight 13 doit lancer le deuxième exemplaire de Starship V3, décrit comme une itération comportant des améliorations de conception destinées à faire progresser le véhicule vers une utilisation opérationnelle. Par rapport à la précédente Version 2, SpaceX met en avant une fusée plus haute et capable d’embarquer plus de propergol, deux paramètres directement liés à la performance et aux marges de manuvre en vol.

L’entreprise indique aussi une réduction de masse notable autour de la section moteurs, attribuée à des avionics modernisées. Dans un lanceur, gagner de la masse structurelle dans une zone critique peut améliorer le rapport poussée-poids, augmenter les marges thermiques et mécaniques, ou permettre de réallouer de la masse à d’autres fonctions, comme des protections, des réservoirs ou des systèmes de contrôle.

Cette V3 s’inscrit dans une logique d’itérations rapides, avec des retours d’expérience des vols précédents et des essais au sol. La progression ne se résume pas à un seul changement, car chaque évolution peut imposer des recalibrages, par exemple sur la dynamique de vol, les contraintes vibratoires, la gestion des pressions de réservoirs ou encore les logiciels de contrôle.

Le dimensionnement en propergol est un point central pour un système qui vise la réutilisation complète. Plus un véhicule emporte d’ergols, plus il peut, en théorie, se donner des marges pour les manuvres de retour, de freinage et d’atterrissage. Mais cette hausse de capacité doit rester compatible avec la masse totale, la résistance des structures et les limites de pression et de température des réservoirs.

La V3 est aussi présentée comme une étape vers des missions plus ambitieuses que l’orbite basse. Dans ce contexte, la capacité d’emport, la robustesse des systèmes et l’architecture de ravitaillement deviennent des éléments structurants. Le Flight 13 sert donc de banc d’essai à une configuration qui doit progressivement se rapprocher des exigences d’exploitation, avec une attention portée aux détails techniques qui conditionnent la répétabilité.

Raptor 3: 33 moteurs sur Super Heavy et 6 sur Ship

Sur la propulsion, SpaceX annonce l’intégration des Raptor 3 sur les deux étages. Le premier étage Super Heavy embarque 33 moteurs, tandis que Ship dispose de 6 moteurs, dont 3 sea-level et 3 vacuum-optimized. Cette répartition vise à couvrir les besoins de poussée au décollage, puis d’efficacité en altitude et dans le vide, où les moteurs optimisés vacuum offrent un meilleur rendement.

Dans une architecture à réutilisation, les moteurs ne sont pas seulement des éléments de puissance. Ils conditionnent aussi la capacité à redémarrer, à moduler la poussée, à encaisser des cycles thermiques répétés et à rester inspectables et réparables dans des délais courts. L’adoption d’une nouvelle génération de moteurs sur un véhicule de test implique donc une accumulation de validations, au sol comme en vol.

Le nombre élevé de moteurs sur Super Heavy reflète l’échelle du système. Cette multiplication augmente la poussée totale, mais complexifie la gestion des tolérances, des vibrations, des interactions acoustiques et des scénarios de panne. Les logiciels de contrôle doivent gérer des variations de performance, des transitoires d’allumage et des ajustements fins pour maintenir la stabilité, en particulier dans les premières dizaines de secondes.

Sur Ship, la combinaison de moteurs mer et vide répond à la nécessité de couvrir plusieurs régimes de vol. Les moteurs sea-level sont adaptés aux pressions atmosphériques plus élevées, tandis que les moteurs vacuum, avec une tuyère plus grande, gagnent en efficacité quand la densité de l’air diminue. L’objectif est d’assurer une continuité de performance entre la phase d’ascension et les manuvres en haute altitude.

Le Flight 13 doit aussi contribuer à qualifier les Raptor 3 dans un contexte système, pas seulement sur banc d’essai. Les essais moteurs isolés valident des paramètres, mais le vol met en jeu l’intégration complète, alimentation en ergols, pressurisation, gestion thermique, vibrations et contrôle. Chaque vol de test enrichit la base de données nécessaire pour stabiliser une configuration et réduire les inconnues techniques.

Transfert d’ergols: une exigence suivie par la NASA pour Artemis

Un des changements mis en avant sur Starship V3 concerne l’ajout de ports d’amarrage dédiés au transfert de propergol sur la face dorsale de Ship, c’est-à-dire du côté opposé aux tuiles du bouclier thermique situées sur la face ventrale. L’intérêt est opérationnel: Ship consomme l’essentiel de ses ergols pour atteindre l’espace, ce qui rend nécessaire un ravitaillement en vol pour viser des missions au-delà de l’orbite basse.

Le transfert d’ergols cryogéniques est un défi technique majeur. Il ne s’agit pas seulement de connecter deux véhicules, mais de gérer des fluides très froids, des pressions, des bulles, des variations thermiques et des contraintes de stabilité. La capacité à transférer puis à conserver des ergols dans de bonnes conditions conditionne la faisabilité de profils de mission plus lointains, notamment vers la Lune.

La NASA suit cette progression de près, car l’agence a sélectionné SpaceX pour développer une version atterrisseur lunaire de Starship dans le cadre du programme Artemis. Dans cette perspective, la gestion des ergols devient un point de conformité majeur, car l’agence doit certifier que le système répond à des exigences strictes avant d’envisager des vols habités.

Les exigences de certification ne se limitent pas à la performance. Elles touchent aussi la capacité à répéter des opérations, à documenter des marges, à démontrer la fiabilité des systèmes et à prouver que les opérations critiques, comme le ravitaillement, peuvent être réalisées de manière contrôlée. La NASA s’intéresse particulièrement à la capacité à transférer et maintenir les carburants cryogéniques utilisés par les moteurs Raptor 3.

SpaceX prévoit des démonstrations progressives, avec des vols dédiés au ravitaillement, avant de pouvoir prétendre à des missions plus complexes. Le Flight 13 s’inscrit dans cette trajectoire, en validant une configuration matérielle qui prépare les étapes suivantes. À mesure que ces éléments s’additionnent, la question n’est pas seulement de réussir un vol, mais de construire une chaîne de preuves techniques alignée sur les attentes d’un programme lunaire.

Élément Starship V3 (Flight 13) Point vérifié pendant la campagne
Fenêtre de tir 90 minutes à partir de 18 h 45 EDT Coordination site, météo, disponibilité
Site Starbase, pad 2 (Texas) Procédures de pas de tir
Premier étage Booster 40, Super Heavy Essais moteurs, intégration
Second étage Ship 40, ports de transfert d’ergols Préparation au ravitaillement futur
Moteurs 33 Raptor 3 + 6 Raptor 3 Validation système en conditions de vol

Crédit image : Nomadd from forum.nasaspaceflight.com / wikimedia (CC BY-SA 4.0)