13e vol Starship, arrêt à 1 seconde du décollage, vidéo du test, SpaceX vise un nouveau tir début semaine, ce qui surprend les experts

13e vol Starship, arrêt à 1 seconde du décollage, vidéo du test, SpaceX vise un nouveau tir début semaine, ce qui surprend les experts

Le 16 juillet, SpaceX a interrompu le lancement de Starship Flight 13 au tout dernier moment, juste au démarrage des 33 moteurs Raptor du premier étage Super Heavy. Dans la soirée, Elon Musk a indiqué que deux Raptors seraient retirés et remplacés, avec une nouvelle tentative visée début de semaine prochaine.

À Starbase, au sud du Texas, le compte à rebours s’est arrêté à quelques secondes du décollage. Un incident technique au moment de l’allumage a suffi à déclencher l’abandon automatique, rappelant la difficulté de fiabiliser un lanceur conçu pour être réutilisable et opérer à un rythme industriel.

Un arrêt automatique déclenché pendant l’allumage des 33 Raptors

La tentative de tir a eu lieu depuis Starbase, au Texas, à 18 h 45 EDT (22 h 45 GMT, 17 h 45 locale), à l’ouverture d’une fenêtre de tir de 90 minutes. Sur la retransmission officielle, on voit la séquence d’allumage s’amorcer, puis s’interrompre immédiatement. Dans ce type de phase, les automatismes du pas de tir et du lanceur surveillent des centaines de paramètres, pressions, températures, vibrations, régimes turbopompes, et coupent si un seuil est dépassé.

Lors du direct, Dan Huot, commentateur de SpaceX, a expliqué que l’entreprise allait prendre du temps pour identifier ce qui a déclenché l’arrêt une fois que le booster s’allumait pour lancer. Le vocabulaire utilisé est révélateur, l’événement intervient au moment où le Super Heavy passe d’un état statique à une phase transitoire très énergique, celle où les moteurs montent en puissance et où les systèmes de maintien libèrent progressivement le véhicule.

Un avortement à ce stade n’est pas un scénario marginal dans les campagnes d’essais. La montée en poussée des Raptor implique des variations très rapides de débit d’ergols et des contraintes mécaniques élevées. La logique de sécurité privilégie l’arrêt, même si l’anomalie est mineure, car un départ avec une incertitude sur un moteur ou sur l’alimentation peut se traduire par des dommages importants sur le pas de tir, voire par la perte du véhicule.

SpaceX n’a pas détaillé publiquement la nature exacte du signal ayant provoqué l’arrêt. La communication officielle s’est concentrée sur la conduite à tenir, analyser l’événement, corriger, et reprogrammer. Dans le cadre d’un programme d’essais, ce type de séquence sert aussi à valider les procédures, la capacité à détecter une dérive, et l’efficacité des protections au sol.

Pour le calendrier, l’entreprise n’a pas communiqué d’heure précise pour une nouvelle tentative. Le pas de tir et la météo comptent, mais le facteur dominant reste la validation technique après inspection des systèmes concernés, en particulier sur le bloc moteur du booster et ses interfaces d’alimentation.

Elon Musk annonce le remplacement de deux moteurs avant une nouvelle tentative

Quelques heures après l’arrêt, Elon Musk a publié une mise à jour sur X. Selon lui, SpaceX veut être confiant d’un bon vol, et prévoit de retirer et remplacer deux Raptors. Il ajoute que le créneau de lancement le plus probable se situe début de semaine prochaine. Cette indication, même sans date, donne un ordre de grandeur, l’entreprise estime que l’intervention est compatible avec un retour rapide en configuration de tir.

Le remplacement de moteurs sur Super Heavy met en lumière l’approche itérative de SpaceX. Le programme vise une forme de maintenance rapide, proche de l’aviation, mais il s’appuie encore sur des opérations lourdes, inspection, démontage, contrôles non destructifs, puis requalification. Le fait d’annoncer deux moteurs, et pas un ensemble plus large, suggère que les équipes ont isolé un sous-ensemble problématique, ou repéré des données de télémétrie cohérentes avec une défaillance localisée.

Sur un booster à 33 moteurs, la gestion de la redondance et des marges de performance est centrale. Un moteur qui présente une signature anormale au démarrage peut être toléré dans certains concepts, mais l’objectif d’essai et la protection des installations dictent souvent une politique stricte. Pour un vol d’essai ambitieux, SpaceX a intérêt à réduire le nombre d’inconnues avant de relancer une campagne.

Cette communication rapide est aussi un signal envers l’écosystème, autorités, partenaires, et observateurs. Elle montre que l’arrêt n’est pas interprété comme un événement majeur du type retour au hangar pour des mois, mais comme une anomalie à corriger dans un cycle court. Cela ne garantit pas l’échéance annoncée, car la moindre découverte secondaire peut allonger la préparation, mais l’intention est claire.

SpaceX n’a pas précisé si ces deux moteurs seront remplacés par des unités neuves ou déjà qualifiées. Dans les deux cas, l’enjeu reste identique, obtenir une configuration dont les paramètres de démarrage et de montée en puissance sont suffisamment stables pour franchir le point critique du décollage sans déclencher les automatismes d’abandon.

Flight 13 doit confirmer les objectifs de Flight 12 sur Starship V3

Flight 13 doit être le deuxième essai en vol de Starship V3, une version présentée comme une étape vers un statut opérationnel. Le vol précédent, Flight 12, réalisé le 22 mai, est décrit comme largement réussi tout en ayant révélé plusieurs points à corriger. Côté premier étage, SpaceX visait un retour guidé vers une zone prévue pour un amerrissage contrôlé dans le golfe du Mexique, mais le booster n’a pas exécuté la manuvre de guidage comme attendu.

Sur l’étage supérieur, le Ship, l’entreprise voulait notamment démontrer des capacités de rallumage moteur dans l’espace. Un des Raptor n’a pas pu être rallumé, ce qui a limité la démonstration de certains scénarios. Malgré cela, le Ship a réalisé un amerrissage contrôlé, un point important pour la réutilisation, car il combine navigation, contrôle d’attitude, et tenue thermique lors de la rentrée.

Pour Flight 13, les objectifs annoncés restent proches, d’un côté, amener Super Heavy sur une zone cible dans le golfe du Mexique, de l’autre, envoyer le Ship sur une trajectoire suborbitale le faisant parcourir l’essentiel du tour du monde avant un amerrissage au large de l’Australie occidentale. La répétition de ces objectifs traduit une logique de consolidation, reproduire une performance jusqu’à obtenir une régularité compatible avec des opérations fréquentes.

La V3 étant présentée comme une variante améliorée, SpaceX cherche aussi à valider que les modifications, qu’elles touchent les systèmes de propulsion, la structure, l’avionique ou les protections thermiques, n’introduisent pas de nouveaux comportements indésirables. Un essai avorté au sol n’apporte pas ces réponses, mais il évite d’exposer le véhicule à une séquence risquée si un signal de défaillance est détecté.

Le calendrier de SpaceX repose sur une montée en cadence des essais. Dans ce contexte, la capacité à corriger vite un problème d’allumage et à reprogrammer un tir fait partie des objectifs implicites, au même titre que la trajectoire ou l’amerrissage. La difficulté est de concilier vitesse et discipline d’ingénierie, car la répétition des vols n’a de valeur que si les causes racines sont traitées.

Vingt Starlink V3 à bord, une démonstration clé malgré une rentrée rapide

La principale nouveauté de Flight 13 est sa charge utile, 20 satellites Starlink V3. SpaceX veut utiliser Starship pour déployer une constellation annoncée à terme à 100 000 satellites en orbite basse. Dans cette logique, l’entreprise doit prouver que le lanceur peut non seulement voler, mais aussi emporter et libérer des satellites de manière fiable, avec une architecture de déploiement compatible avec des volumes importants.

Ces Starlink V3 ne sont pas destinés à rester en orbite lors de ce vol. Selon les informations communiquées par SpaceX, ils seront déployés sur une trajectoire suborbitale et retomberont sur Terre environ 20 minutes après la séparation. Cette approche permet de tester les mécanismes de déploiement et la dynamique associée sans créer de débris durables en orbite, un point sensible dans un environnement spatial déjà très encombré.

Parmi ces 20 satellites, six sont équipés de caméras destinées à observer le bouclier thermique du Ship. L’objectif est de collecter des images pendant la rentrée afin d’évaluer l’état des tuiles et l’apparition de points chauds. SpaceX avait déjà utilisé une technique comparable sur Flight 12 avec quelques satellites Starlink V2. La répétition du dispositif indique que l’entreprise cherche des séries de données comparables d’un vol à l’autre.

Ce type d’imagerie est précieux car il complète la télémétrie interne. La température mesurée au niveau des capteurs ne raconte pas tout, une caméra peut révéler une dégradation localisée, une perte de tuile, ou une zone d’ablation anormale. Pour un véhicule destiné à être réutilisé, la compréhension fine de l’usure thermique conditionne les délais de remise en service et le coût d’exploitation.

Sur le plan industriel, l’enjeu dépasse ce seul vol. Si Starship doit devenir un vecteur de déploiement massif de Starlink, chaque essai qui combine un profil de vol complet et une charge utile, même suborbitale, rapproche SpaceX d’une démonstration de bout en bout, lancement, séparation, rentrée, amerrissage. L’arrêt de ce 16 juillet retarde cette étape, mais la décision de remplacer rapidement deux moteurs montre que l’entreprise cherche à préserver une cadence d’essais soutenue.

Élément Flight 12 (22 mai) Flight 13 (prévu)
Version Starship V3 (1er vol) Starship V3 (2e vol)
Objectif Super Heavy Retour guidé vers golfe du Mexique non atteint Amerrissage ciblé dans le golfe du Mexique
Objectif Ship Amerrissage contrôlé près de l’Australie réussi Trajectoire similaire, amerrissage au large de l’Australie occidentale
Rallumage moteur en espace Un Raptor non rallumé Nouvelle tentative attendue
Charge utile Quelques Starlink V2 avec caméras 20 Starlink V3, dont 6 avec caméras
Statut Vol réalisé Lancement du 16 juillet avorté, reprise visée début semaine prochaine

Crédit image : JJ Harrison (https://www.jjharrison.com.au/) / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Tags